• Bétonnage et massacre de la zone villas!

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    La politique « d’urbaniser vers l’intérieur » a un impact dramatique sur la zone villas. Les périmètres destinés à l’origine aux villas individuelles sont dorénavant de plus en plus grignotés par des alignements de bâtis contigus ou des immeubles. En zone villas, les nouvelles constructions de maisons pour une famille ne représentent plus que 1/8 des autorisations traitées !

    De 2014 à 2017, la construction d’habitats groupés, bâtiments pour la plupart de trois étages, a triplé. Durant cette période, la moitié des 2'391 logements réalisés en zone villas est située dans des « opérations comptant plus de 10 logements », dont la surface moyenne de la parcelle est de 7'900 m2 (*). Ces édifications, pour beaucoup d’entre eux sont des immeubles ressemblant à des blocs ou cubes, correspondraient mieux aux récents quartiers en périphérie qu’aux zones villas.

    Les effets sont alarmants. La rapidité et l’ampleur de ce changement sont inquiétantes. La non-qualité de ce développement est caractéristique avec l’absence notamment d’harmonie avec les anciens bâtis et de la sous-évaluation de l’augmentation du trafic. L’environnement est bouleversé et les voiries, souvent sans trottoir, sont inadaptées. Malgré l’élaboration d’un guide pour une densification « de qualité »  en zone villas (*), sans grand effet, la biodiversité rétrécit constamment au profit du bétonnage et l’imperméabilisation du sol progresse. L’esprit et le caractère de la zone villa sont modifiés.

    Les conséquences de la mise en vigueur de la modification de la LCI (loi sur les constructions et les installations diverses – art.59, al. 4 – voir encadré) en 2013 ont été largement sous-estimés. Pour densifier « raisonnablement » cette zone villas qui représentait 34,72 % (**) de la surface construite et y logeait 13 % de notre population, il avait été décidé de quasi doubler les droits à bâtir.

    Aujourd’hui le mécontentement des anciens résidents se multiplie. La qualité de vie se dégrade. Les inconvénients inhérents à l’arrivée de nombreux nouveaux habitants sont importants. Beaucoup d’anciens propriétaires ne comprennent pas que certains aspects, tels que le cadre de vie, la biodiversité, l’architecture de la zone et surtout les besoins en infrastructures ne soient pas étudiés avec plus de rigueur.

    Les Communes sont également démunies. Beaucoup d’entre elles étaient déjà préoccupées lors de l’entrée en vigueur de cette réforme. Elles subissent cette constante dégradation. Elles ne possèdent ni les outils, ni les moyens pour les affronter. La mairie de Collonge-Bellerive a déjà déposé plus de 70 oppositions, toutes sans aucun résultat. On ne prend pas suffisamment compte de leurs avis !

    L’Etat, détenteur du pouvoir et des compétences pour l’octroi des constructions, est principalement motivé à accompagner la mutation et la densification de la zone villa. Le guide établi pour limiter les méfaits de cette transformation avait été accueilli favorablement. Mais la plupart des objectifs recherchés ne sont pas atteints, notamment la sauvegarde des paysages, le maintien de certaines grandes surfaces non bâties, le partage de servitudes de passage avec le voisinage, la mutualisation de parkings, etc.

    La zone villas n’a pas l’appui adéquat de nos autorités cantonales. La diminution d’environ 11 % de sa surface envisagée dans le PDC 2030, ainsi que le bétonnage massif et croissant de la zone restante le témoignent.

    Le nom du Guide émis pour une densification de qualité de la zone 5 appelé « les nouveaux quartiers-jardins du XXIe siècle » est aussi éloquent.

    L’un des avantages du Canton de Genève est et a toujours été sa taille humaine, sa qualité de vie enviée et la beauté de sa nature. Pour maintenir ces atouts, il est nécessaire de protéger et sauvegarder notre zone villas.

    L’hémorragie désordonnée que subit notre zone villas doit être arrêtée. Les erreurs avérées depuis l’application de cette nouvelle loi doivent être corrigées.

    Les communes sont responsables du développement de leur territoire et doivent disposer d’une autorité et de compétences accrues. Elles connaissent les besoins de leurs citoyennes et citoyens et sont plus aptes à défendre leurs intérêts.

    Aucun habitat groupé ou construction contigüe comportant plus de 5 logements ne devrait être autorisé sans l’approbation des autorités communales.

    La réalisation d’immeubles en zone villas contenant plus de 10 logements devrait également être subordonnée à l'existence d’infrastructures à proximité, telles qu’école, transports publics, etc.

    Le taux de densification dans la zone villas devrait être redimensionné. La hausse « modérée » votée par le Grand Conseil excède largement la pratique des autres cantons !

    André Pfeffer

     

     

    (*)                                 Les nouveaux quartiers-jardins du XXIe siècle (Guide pour une densification de qualité de la zone 5 – Tableau montrant la répartition des demandes d’autorisation selon la taille de l’opération, page 7)

    (**)               Aménagement, Logements, la fuite en avant ! 8 février 2017 Pic-Vert Assprop (sources SITG)

     

    Encadré

    1. Projets contigu ou d’habitat groupé d’une surface de plancher habitable n’excédant pas 40 % de la surface du terrain nécessitent uniquement une consultation avec la commune. Dérogation possible jusqu’à 44 % ou même à 48 %, si la construction est d’un standard de haute ou, très haute, performance énergétique.
    2. Pour une parcelle ou des parcelles contiguës supérieures à 5'000 m2, les habitats groupés d’une surface de plancher habitable n’excédant pas 50 % de la surface du terrain nécessitent l’approbation de la commune. Dérogation possible jusqu’à 55% ou même à 60 %, %, si la construction est d’un standard de haute ou, très haute, performance énergétique.
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